Ils ont suivi 4 574 couples américains : les chercheurs viennent de comprendre pourquoi ces disputes-là finissent en divorce

Toutes les disputes de couple ne se valent pas. Certaines s’oublient dès le lendemain, autour d’un café partagé ; d’autres, en revanche, laissent une trace bien plus profonde. Une étude menée sur 4 574 couples américains vient de mettre un chiffre sur cette intuition que beaucoup de thérapeutes conjugaux partageaient déjà : ce ne sont pas les disputes sur les enfants, la belle-famille ou la sexualité qui prédisent le mieux un divorce. Ce sont les disputes sur l’argent.

Menée par la chercheuse Sonya Britt, de l’université d’État du Kansas, à partir des données longitudinales du National Survey of Families and Households, cette recherche a été publiée dans la revue Family Relations. Elle s’appuie sur des données déclaratives des deux membres du couple, épouses et époux confondus, portant sur 4 574 couples. Et le constat est sans appel.

À retenir

  • Une variable détermine mieux qu’aucune autre si un couple divorcera
  • Les couples aisés y sont tout aussi vulnérables que les couples modestes
  • C’est moins le sujet que la façon d’en parler qui décide de tout

L’argent, ce sujet qui empoisonne bien plus que les autres

« Les disputes sur l’argent sont de loin le meilleur prédicteur de divorce. Ce n’est pas les enfants, le sexe, la belle-famille ou autre chose. C’est l’argent, pour les hommes comme pour les femmes », résume la chercheuse. Une phrase qui, à elle seule, bouscule pas mal d’idées reçues sur ce qui use vraiment un couple.

Le plus frappant dans cette étude, c’est la méthodologie employée. Les chercheurs ont contrôlé les variables de revenu, de dette et de patrimoine net. Résultat : peu importe combien on gagne ou combien on possède, les disputes sur l’argent restent le meilleur prédicteur de divorce, parce qu’elles surviennent à tous les niveaux de richesse. gagner davantage ne protège pas un couple des tensions financières. On aurait pu croire l’inverse, non ? Et pourtant, un couple aisé qui se dispute sur ses finances court statistiquement le même risque qu’un couple aux revenus modestes.

Pourquoi ce sujet précis s’avère-t-il si toxique pour la relation ? Il faut plus de temps pour se remettre d’une dispute liée à l’argent que de tout autre type de dispute, et ces disputes sont plus intenses, selon les conclusions de Britt. Les résultats montrent aussi que les disputes financières sont plus intenses car les couples emploient un langage plus dur l’un envers l’autre, et ces disputes ont tendance à durer plus longtemps. Le ton monte plus vite, les mots blessent davantage, et la réconciliation tarde. Une mécanique qui, répétée semaine après semaine, finit par éroder la confiance.

Le vrai mécanisme derrière ces disputes : pas l’argent, mais ce qu’il représente

Voici la nuance la plus intéressante de cette recherche. Une fois les disputes financières intégrées au modèle statistique, le bien-être financier objectif du couple n’était plus associé au divorce. Les disputes financières, chez les épouses comme chez les époux, restaient le type de désaccord le plus fortement corrélé au divorce. Ce n’est donc pas d’avoir de l’argent ou pas qui compte. C’est la façon dont on en parle, ou dont on n’en parle pas, qui fait basculer les choses.

Les chercheurs ont identifié des médiateurs issus de la théorie des systèmes (les tactiques utilisées pendant le conflit) et de la théorie de l’échange social (la satisfaction conjugale), qui expliquent entièrement le lien entre désaccord financier et risque de divorce. En clair : c’est la manière de gérer le conflit, plus que le conflit lui-même, qui détermine si un couple tiendra ou non.

Autre trouvaille passionnante : les désaccords financiers expliquaient également entièrement le lien entre le sentiment d’inéquité financière au sein du couple et le divorce. Se sentir lésé, financièrement parlant, qu’on gagne moins, qu’on contribue davantage sans reconnaissance, ou qu’on subisse les choix de dépense de l’autre, alimente un ressentiment qui, sans être verbalisé autrement que par la dispute, finit par ronger la relation de l’intérieur.

Le timing compte aussi énormément

Un détail mérite d’être souligné : le moment où surviennent ces disputes joue un rôle à part entière. L’étude a montré que les couples qui se disputaient à propos de l’argent tôt dans leur relation, indépendamment de leur revenu, de leur dette ou de leur patrimoine net, couraient un risque accru de divorce. Se chamailler sur les finances dès les premières années du mariage serait donc un signal d’alarme bien plus fiable que des tensions apparues après une décennie de vie commune, une fois les habitudes installées et les compromis trouvés.

Ce que ces résultats changent concrètement

Franchement, c’est le genre de conclusion qui invite à revoir sa façon d’aborder les conversations sur le budget en couple. Plutôt que d’éviter le sujet, ou pire, de le transformer en règlement de comptes différé, les chercheurs suggèrent une approche presque contre-intuitive : traiter l’argent comme un sujet de planification à part entière, au même titre qu’on planifierait des vacances ou un déménagement.

Britt conseille aux jeunes couples de consulter un conseiller financier dans le cadre d’une préparation prénuptiale, de consulter mutuellement leurs rapports de crédit et de discuter ensemble de la manière de gérer les finances de façon équitable pour les deux personnes. Pas très romantique sur le papier, mais diablement efficace sur la durée. D’autant que, selon la chercheuse, les personnes stressées ont tendance à se concentrer sur le court terme et à ne pas planifier l’avenir ; réduire le stress permet donc d’augmenter la capacité de planification.

Un point mérite d’être précisé avant de refermer ce dossier : cette étude, publiée en 2012, s’appuie sur des données d’une enquête nationale américaine menée sur plusieurs décennies, ce qui en fait l’une des rares recherches à croiser autant de couples sur une durée aussi longue. Les mécanismes de couple ont sans doute évolué depuis, avec la généralisation des comptes joints numériques ou des applications de gestion partagée du budget, mais le cœur du problème, lui, semble increvable : ce n’est jamais vraiment une question de chiffres sur un relevé bancaire. C’est une question de ce que ces chiffres racontent sur la confiance qu’on s’accorde, ou pas.

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