Chaque été je me fais dévorer alors que mon mari n’a jamais rien : quand j’ai regardé nos groupes sanguins, j’ai compris d’où venait la différence

Fin juillet, terrasse d’un restaurant. Vous revenez avec six piqûres sur les chevilles, votre mari, assis au même endroit, n’en a aucune. Ce n’est pas dans votre tête. C’est de la biologie pure.

La science suggère désormais que notre groupe sanguin joue un rôle dans notre attractivité pour les moustiques. Et le verdict est particulièrement sévère pour certains profils. Selon une étude publiée en 2004 dans le Journal of Medical Entomology, les personnes du groupe sanguin O seraient les plus convoitées par les moustiques. Dans cette étude basée sur 64 participants, les chercheurs japonais ont enregistré 83,3 % d’atterrissages de moustiques sur des individus de groupe O, contre 46,5 % pour ceux de groupe A. Si vous êtes groupe O, la différence avec votre mari groupe A n’est donc pas une coïncidence. C’est de la chimie, au sens littéral du terme.

À retenir

  • Pourquoi certains groupes sanguins attirent davantage les moustiques que d’autres
  • Le rôle caché de vos bactéries cutanées et de votre microbiote dans les piqûres
  • Les gestes vraiment efficaces (et ceux qui ne servent à rien) pour se protéger

Le moustique ne lit pas votre groupe sanguin, il le sent

C’est là où le mécanisme devient vraiment surprenant. Les moustiques ne « lisent » pas directement notre sang, mais détectent des substances émises naturellement par la peau ou la salive, qui varient selon le groupe sanguin. Le mécanisme implique les antigènes présents dans la sueur et les sécrétions cutanées. Lorsque les antigènes sanguins sont appliqués sur la peau des participants, les moustiques sont significativement plus attirés par les personnes portant l’antigène H (groupe O) que l’antigène A. Ce n’est donc pas le sang lui-même que l’insecte détecte à travers la peau, mais bien les molécules de surface qui trahissent votre groupe sanguin avant même que la piqûre ait lieu.

Chez les individus de groupe O, l’antigène sécrété dans les fluides est l’antigène H, un précurseur des antigènes A et B. C’est ce composé qui agirait comme un signal d’appel olfactif pour les femelles en quête de repas. Un signal invisible, indolore, permanent. Votre type sanguin est littéralement inscrit dans votre odeur corporelle : sans que vous vous en rendiez compte, vous portez en permanence une étiquette olfactive lisible pour les moustiques à plusieurs dizaines de mètres.

Mais il y a une nuance que peu de sources mentionnent. Environ 80 % des humains sont « sécréteurs » : ils expriment les marqueurs chimiques de leur groupe sanguin dans leur sang. De plus, dans leur salive, leur sueur et leurs sécrétions cutanées. Ces marqueurs sont des glycoprotéines détectables par les récepteurs olfactifs du moustique à très courte distance. Les 20 % restants, les « non-sécréteurs », ne présentent pas ces marqueurs en surface de peau. Ce qui signifie qu’un groupe O non-sécréteur peut fort bien passer une soirée estivale sans une seule piqûre. Le groupe sanguin compte, mais c’est la capacité à le diffuser dans les fluides corporels qui fait toute la différence.

Quand la génétique s’invite dans l’équation

Le groupe sanguin n’est pas seul en cause. Dans une étude publiée dans la revue PLOS One en 2015, des chercheurs ont confronté des vrais et faux jumeaux à l’espèce de moustique Aedes aegypti. Les vrais jumeaux, qui ont donc la totalité de leurs gènes en commun, ont eu approximativement le même risque de piqûre. Ce qui n’était pas le cas des faux jumeaux. La preuve que notre code génétique, au-delà du seul groupe sanguin, programme en partie notre appétence pour les moustiques.

L’injustice entre individus pourrait venir de la concentration de certains composés volatils dans la sueur (acide lactique, acétone…), responsables de l’odeur cutanée. Ces composés sont sécrétés à la fois par les glandes sébacées et par les bactéries du microbiote cutané, dont la composition pourrait être à l’origine de l’attraction différentielle. Deux personnes du même groupe sanguin ne sont donc pas nécessairement aussi attractives l’une que l’autre. Ce qui explique ces cas déconcertants où une amie de groupe O rentre indemne d’un barbecue alors que vous, même groupe, comptez vos piqûres.

Un autre élément attirant pour les moustiques est la composition bactérienne de la peau. Plusieurs centaines de bactéries sont présentes sur l’épiderme, et cela varie d’un individu à l’autre. D’après une étude parue dans PLOS ONE en décembre 2011, ces bactéries jouent un rôle important dans l’odeur émise par la peau. Ses auteurs démontrent que « la composition du microbiote cutané affecte le degré d’attractivité des êtres humains pour cette espèce de moustique. »

Les autres facteurs qui aggravent la situation

Être groupe O, c’est partir avec un désavantage de base. Mais certains comportements amplifient encore le signal. Les moustiques ressentent le CO₂ que nous expirons, perçoivent notre chaleur corporelle et détectent aussi des marqueurs chimiques liés au groupe sanguin. Plus on expire de dioxyde de carbone, plus on attire les moustiques. Cela explique que les femmes enceintes soient plus souvent victimes de leurs piqûres : une étude a montré qu’elles émettent 21 % de dioxyde de carbone de plus qu’un autre individu.

Après consommation d’alcool, celui-ci est métabolisé puis partiellement éliminé par la peau, modifiant la signature olfactive cutanée de façon détectable par le moustique. Un verre de rosé en terrasse, et vous devenez doublement visible. La chaleur corporelle agit également sur le pouvoir d’attraction des moustiques : plus la température corporelle est élevée, plus le risque de se faire piquer est grand. Les sportifs qui enchaînent séance et apéro estival cumulent donc les mauvaises cartes.

Côté tenue vestimentaire, la contre-intuition est réelle. Les moustiques ont une excellente vue et reconnaissent particulièrement bien les vêtements sombres. Pour éviter de devenir une victime, mieux vaut laisser les vêtements sombres au placard. La petite robe noire du soir d’été est donc, biologiquement parlant, une cible en mouvement.

Ce qu’on peut (vraiment) faire

Le groupe sanguin, on ne le change pas. Mais quelques gestes concrets permettent de brouiller les pistes. Les répulsifs à base de DEET, d’icaridine ou d’IR3535, appliqués directement sur la peau, demeurent les seuls produits dont l’efficacité est scientifiquement validée. Les bracelets répulsifs vendus en pharmacie ? Dans un reportage de M6 diffusé le 29 juin 2025, un expert a testé plusieurs modèles populaires vendus en pharmacie et en ligne. Verdict : aucun ne permettait une protection fiable, contrairement aux répulsifs classiques appliqués directement sur la peau. Les moustiques piquaient sans difficulté le bras porteur, allant jusqu’à se poser directement sur le bracelet. Un faux sentiment de sécurité, particulièrement coûteux pour un groupe O.

La suppression des eaux stagnantes autour du domicile contribue à freiner le développement des larves, tandis que pour éviter les piqûres, le port de vêtements couvrants, l’utilisation de répulsifs cutanés et l’installation de moustiquaires restent les mesures recommandées. Et la douche froide après le sport ? Une mesure concrète, sous-estimée : une douche froide après l’effort élimine l’acide lactique en surface et réduit la chaleur cutanée. Rien de révolutionnaire, mais sur une terrasse un soir de juillet, ça change tout.

La recherche, elle, avance dans une direction qui pourrait tout changer. Ce que la science commence à explorer, c’est l’utilisation de ces données biologiques pour concevoir des répulsifs personnalisés. Au 1er janvier 2026, le moustique tigre était implanté dans 83 des 96 départements métropolitains, selon Santé publique France. Avec une telle progression, la question de qui attire quoi ne restera plus longtemps anecdotique.

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