Pendant des années, le rituel était toujours le même : une noisette de crème sur le front, les joues, le nez, et basta. Le reste du corps ? Livré à lui-même, ou presque. Puis un jour, un dermatologue m’a fait remarquer que mes mains trahissaient dix ans de plus que mon visage. Douche froide. Et en creusant le sujet, j’ai découvert que je n’étais pas un cas isolé, loin de là.
Le réflexe « crème sur le visage uniquement » est en réalité l’un des angles morts les plus répandus de la protection solaire. Une dermatologue américaine interrogée par CBS News le rappelle sans détour : « le dessus et l’arrière des oreilles sont généralement des zones négligées alors qu’elles sont sensibles aux coups de soleil ». Et ce n’est que la partie émergée du problème.
À retenir
- Vos mains trahissent votre âge réel : elles encaissent silencieusement ce que votre visage évite
- Les oreilles, le cou et le cuir chevelu : trois zones à risque que vous n’aviez jamais considérées
- Les dégâts UV s’accumulent invisiblement : même sans coup de soleil, votre peau trinque
Ces zones que l’on abandonne sans même s’en rendre compte
Les oreilles, donc. Mais pas seulement. Les oreilles, le cou, le dessus des pieds, les mains et le cuir chevelu sont parmi les zones les plus fréquemment oubliées lors de l’application de crème solaire. Une liste qui, une fois qu’on y pense, paraît presque évidente. Mais personne n’y pense, justement.
Les mains, on les lave, on les frotte, on les expose au volant, au guidon du vélo, sur le clavier près de la fenêtre. Les mains sont extrêmement exposées au soleil et il faut les protéger en appliquant un écran solaire ou en portant des gants de protection contre les UV si besoin. Le cou et le décolleté ne sont pas en reste : ce sont des parties très exposées au rayonnement UV, et lorsqu’il fait beau, on a tendance à porter un décolleté, d’où l’importance d’y appliquer une crème solaire. Quant au cuir chevelu, souvent négligé sous prétexte qu’il est « couvert » de cheveux, il accumule en réalité des années d’exposition silencieuse : quand les crânes sont exposés aux rayons solaires, ils deviennent plus à risque de développer au fil des années des carcinomes, et les dermatologues conseillent d’y appliquer de la crème solaire.
Franchement, c’est le genre de détail qu’on balaie d’un revers de main jusqu’à ce qu’il se rappelle à nous, sous forme de tache brune ou de grain de beauté suspect. Les paupières aussi comptent parmi les grandes oubliées : selon une étude relayée par la Skin Cancer Foundation, les zones les plus souvent oubliées lors de l’application d’un écran solaire sur le visage sont les paupières et la zone située entre le coin interne de l’œil et l’arête du nez. Même les lèvres méritent leur protection dédiée, puisque la plupart des cancers des lèvres se développent sur la lèvre inférieure, la chéilite actinique étant environ douze fois plus fréquente sur la lèvre inférieure que sur la supérieure.
Pourquoi ça n’a rien d’anecdotique
On pourrait croire à une simple question esthétique. Erreur. Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 1,5 million de nouveaux cas de cancers de la peau ont été diagnostiqués en 2020, et plus de 120 000 décès associés ont été signalés dans le monde la même année. Les oreilles, justement, ne sont pas épargnées : environ 7 % des mélanomes de la tête et du cou se trouvent sur les oreilles, une zone qu’on badigeonne rarement avec la même attention que les joues.
Le mécanisme est cumulatif, et c’est bien ça le piège. Les dommages provoqués par les UV sont cumulatifs : même en l’absence de coup de soleil, la peau subit des agressions invisibles. ce n’est pas parce que le dos de vos mains ne rougit jamais qu’il ne trinque pas. Sur le visage, on estime que l’exposition solaire est le facteur numéro un de vieillissement de la peau, le photo-vieillissement étant responsable d’environ 80 % du vieillissement visible, notamment sur le visage, les mains et le décolleté. Voilà pourquoi certaines mains paraissent soudain plus âgées que le reste du corps : elles ont simplement encaissé, année après année, sans filtre.
La bonne dose, et le bon geste
Reste la question pratique, celle qui fâche un peu. Parce que même chez les personnes convaincues de bien faire, l’application reste largement insuffisante. La vérité surprenante, c’est que la plupart des gens n’utilisent probablement pas assez de crème solaire : les études confirment que la plupart n’appliquent que 25 à 50 % de la quantité recommandée. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait que la protection affichée sur le tube suppose une application généreuse et uniforme.
Pour le corps entier, les repères concrets existent. Santé Canada recommande d’utiliser environ sept cuillères à thé, soit 35 ml, pour couvrir le corps d’un adulte, à raison d’une cuillère par zone : visage, chaque bras, chaque jambe, torse et dos. Une astuce mnémotechnique plus intuitive circule aussi chez les dermatologues : un doigt de crème protège le visage, deux doigts suffisent pour couvrir un bras ou une jambe. Simple à retenir, et nettement plus généreux que ce que la plupart d’entre nous appliquent réellement.
Le timing compte tout autant que la quantité. La crème doit être appliquée généreusement 20 à 30 minutes avant l’exposition puis renouvelée toutes les deux heures, baignade ou serviette faisant disparaître une partie du film protecteur au passage. Un geste, à la limite, plus important encore que le choix de l’indice lui-même : mieux vaut un SPF 30 généreusement étalé et régulièrement renouvelé qu’un SPF 50 appliqué en couche fantôme sur un visage seul, pendant que le reste du corps encaisse, silencieusement, l’addition des étés passés.
Sources : lasanteauquotidien.com | pourquoidocteur.fr