Il y a des phénomènes astronomiques qui n’arrivent qu’une fois par siècle. Le 12 août 2026, Reykjavík basculera dans la nuit en plein après-midi, le temps de quelques minutes. Et Björk sera là, aux platines, sous l’ombre de la Lune.
La dernière éclipse solaire totale visible en Islande remontait au 30 juin 1954. La prochaine n’aura pas lieu avant le 26 juin 2196. Sept générations d’écart. C’est dire le caractère singulier de ce qui se prépare cet été dans la capitale islandaise. Et c’est dans ce contexte cosmique que Visit Iceland a mis en place, autour de l’icône Björk, un programme culturel qui transforme un simple voyage en Islande en quelque chose de radicalement différent.
À retenir
- Une éclipse totale visible une seule fois par siècle : la dernière remontait à 1954, la prochaine en 2196
- Björk transforme ce moment en festival musical souterrain avec 4 minutes de nuit complète en plein après-midi
- Une exposition multisensorielle « Echolalia » révèle un album inédit de Björk prévu pour 2027
Echolalia : quand Björk réinvente les murs d’un musée
La Galerie nationale d’Islande présente Echolalia, une exposition qui place Björk comme force créatrice derrière des projets multimédia développés en collaboration avec des musiciens, artistes, designers, danseurs et cinéastes, à travers trois installations immersives d’une profondeur visuelle, sonore et émotionnelle exceptionnelle. L’exposition se tient au National Gallery of Iceland, Fríkirkjuvegur 7, 101 Reykjavík, du 30 mai au 20 septembre 2026.
Les deuxième et troisième galeries sont dédiées à deux œuvres puissantes issues de l’album Fossora de 2022 : Ancestress, une lamentation sur la nature cyclique de la vie, filmée dans une vallée islandaise entourée de nuages, mettant en scène une procession rituelle de musiciens et danseurs en costumes rouge, avec Björk et son fils Sindri Eldon. La deuxième pièce, Sorrowful Soil, est une composition chorale dédiée à la mère de Björk, l’activiste environnementale Hildur Rúna Hauksdóttir, disparue en 2018. La vidéo en forme ovale flotte au-dessus des coulées de lave du volcan Fagradalsfjall en éruption.
Ce qui rend Echolalia particulièrement rare : la première galerie accueille une installation inédite tirée du prochain album de Björk, invitant le visiteur à explorer le chapitre suivant de ses recherches artistiques, où transformation et collaboration sont au cœur du propos. Un avant-goût d’un album attendu pour 2027. Les quatre galeries du musée sont entièrement investies par cette double exposition.
L’exposition se présente en parallèle avec Metamorphlings, une rétrospective de James Merry, collaborateur de longue date de Björk, dans la quatrième galerie du musée. Cette première rétrospective muséale de l’artiste regroupe plus de 80 œuvres, offrant une fenêtre sur l’évolution de son travail au cours de la dernière décennie. Merry est l’homme derrière les masques qui définissent l’esthétique scénique de Björk depuis des années. Une fascination pour le vivant, le végétal, le rituel.
Pour loger à deux pas : le Kvosin Hotel, boutique-hôtel élégant situé à quelques minutes à pied de la galerie, dont chaque chambre porte un prénom islandais, dont Björk, bien sûr. À partir de 186 € la nuit pour une chambre Cosy (minimum deux nuits), les réservations se font directement sur le site du Kvosin Hotel. À ce prix-là, c’est presque de l’art.
Le 12 août à Hafnarfjörður : 4 minutes de nuit dans le ciel d’été
La durée maximale de l’éclipse totale atteint 2 minutes 18 secondes dans l’océan, juste à l’ouest de Látrabjarg dans les fjords de l’Ouest. La durée totale de la fenêtre d’éclipse totale en Islande s’étire sur 6 minutes 48 secondes, entre 17h43 UTC à Hornstrandir et 17h50 UTC sur la péninsule de Reykjanes. Dans le parc de sculptures de Víðistaðatún, à Hafnarfjörður, c’est aux alentours d’une à deux minutes d’obscurité complète que les festivaliers pourront vivre.

Contra-intuitif, le choix de Hafnarfjörður plutôt que d’un spot naturel reculé : Hafnarfjörður se situe juste à côté de Reykjavík, directement dans le couloir de totalité. La montagne vient à vous. Björk y officiera en DJ set aux côtés d’Arca et d’une sélection d’artistes locaux, dans le cadre de sa série Mánakvöld, une exploration continue de la façon dont la musique peut coexister avec les phénomènes naturels plutôt que les concurrencer.
À Reykjavik, l’éclipse partielle débute à 16h47 UTC, et la totalité commence à 17h48 UTC. Pendant ces quelques minutes, le ciel d’août plongera dans un noir absolu. Pendant quelques minutes, en plein après-midi, le jour basculera dans la pénombre et le ciel se remplira d’étoiles et de planètes visibles à l’œil nu. Une rave sous les étoiles du milieu de l’après-midi. Le concept est tellement Björk qu’on se demande comment personne n’y avait pensé avant.
Sur la météo, un mot d’honnêteté s’impose : l’Espagne affiche plus de 85 % de chances de ciel dégagé en Méditerranée, contre environ 40 % en Islande. Mais c’est précisément ce risque, ce contrat avec l’imprévisible, qui fait partie du voyage islandais. La garantie n’existe pas ici. Et c’est ce qui le rend plus intense.
Sur les traces de Björk : les lieux qui ont façonné une œuvre
Comprendre Björk par l’Islande, c’est refuser la version muséifiée de l’artiste pour aller chercher le sol, le vent, les coulées de lave. La péninsule de Grótta est l’un de ces points de départ : c’est là qu’a été filmé le clip de Stonemilker. À la sortie de Reykjavík, elle offre des vues panoramiques sur l’océan, un phare battu par les vents, une atmosphère qui change avec la météo. Cet îlot de Grótta, sur la péninsule de Seltjarnarnes, est l’endroit même où Björk a écrit la chanson et enregistré une grande partie de l’album Vulnicura.

Le Musée islandais du punk est l’une des escales culturelles les plus insolites de la ville. Installé dans d’anciens toilettes publiques souterrains, il retrace l’esprit DIY du mouvement punk islandais. Ouvert par Johnny Rotten, il documente l’émergence des Sugarcubes, le groupe qui a propulsé Björk sur la scène internationale.
À proximité, Smekkleysa (Bad Taste) perpétue cet héritage. Fondé par des membres des Sugarcubes, le label reste un espace actif, boutique de vinyles, hub culturel, qui accueille encore occasionnellement des DJ sets de Björk elle-même. Deux adresses qui ne figurent dans aucun guide mainstream. C’est exactement pour ça qu’il faut y aller.
L’œuvre Sorrowful Soil, présentée dans l’exposition, distribue chacune des voix du chœur Hamrahlíð individuellement à travers trente enceintes disposées dans la galerie. En se déplaçant dans l’espace, le visiteur expérimente une transition sensorielle fluide entre l’expérience humaine individuelle et collective. Ce principe de paysage sonore habitable, Björk le pratique en dehors des musées aussi. Elle a notamment utilisé l’île au phare de Grótta pour travailler sur ses créations sonores, en louant une petite maison quelques jours, profitant du fait que la marée montante rendait l’accès impossible pendant plusieurs heures. L’isolement comme condition de travail.
Automne à Reykjavík : le festival qui transforme une ville entière en scène
Pour celles qui ne peuvent pas se libérer en août, l’Islande propose un deuxième rendez-vous tout aussi fort. Le programme officiel d’Iceland Airwaves se tiendra du 5 au 7 novembre 2026 en centre-ville de Reykjavík. Lancé en 1999 comme événement unique dans un hangar d’aéroport, Iceland Airwaves est le showcase musical le plus septentrional du monde. Chaque novembre, le centre de Reykjavík s’anime avec les meilleurs talents islandais émergents et des artistes internationaux avant-gardistes, dans des lieux aussi variés que des petites discothèques de vinyles, des musées d’art, des bars et des églises.
Les organisateurs ont annoncé la première vague d’artistes pour l’édition 2026, avec 28 actes confirmés venus de 12 pays, et trois concerts majeurs à la salle Harpa. Les aurores boréales font fréquemment leur apparition pendant la semaine du festival, ce qui transforme une soirée de concert en quelque chose qui dépasse complètement le cadre musical. Voir une aurora depuis un trottoir de Reykjavík, entre deux sets, ça n’a pas de prix.
Depuis 2020, l’équipe d’Iceland Airwaves a organisé des concerts autonomes, dont les concerts Björk Orkestral à la salle Harpa. Le lien entre le festival et l’artiste n’est pas anodin. Reykjavík a cette capacité à rendre la culture poreuse, pas enfermée dans des cases, pas séparée du quotidien. Une propriété rare, dans un monde où l’art et la vie ordinaire ne se parlent presque plus.