Ce geste presque automatique, remonter le thermostat dès que le thermomètre grimpe, ne sert à rien. Pire : il abîme le compresseur et alourdit la facture pour un bénéfice nul sur la conservation des aliments. C’est un réparateur venu dépanner mon frigo qui me l’a montré, feuille de papier à l’appui, en coinçant un simple bout de papier dans la porte pour révéler ce qui s’échappait en continu : de l’air froid, littéralement aspiré vers l’extérieur à chaque cycle du compresseur.
À retenir
- Ce geste automatique de baisse du thermostat en été coûte 5% de consommation par degré en moins, sans améliorer la conservation
- Le réparateur a dévoilé ce qui s’échappe vraiment : de l’air froid aspiré continuellement par des joints détériorés
- Un test simple avec une feuille de papier révèle les joints usés, et leur remplacement économise plus qu’une année de vigilance thermique
Le réflexe qui coûte cher en été
Chaque canicule ramène le même geste chez des millions de foyers : tourner la molette vers le bleu le plus foncé, ou taper « 2°C » sur l’écran digital, en espérant compenser la chaleur ambiante. Une logique qui semble frappée au coin du bon sens. Mais elle repose sur une confusion entre la température affichée et la température réellement nécessaire à la conservation des aliments.
La température idéale d’un réfrigérateur reste 4 °C, et celle d’un congélateur -18 °C, canicule ou pas. Quand il fait très chaud, la tentation est forte de descendre le thermostat à 2 ou 3 °C pour compenser. Le problème, c’est que selon l’ADEME, chaque degré gagné sous la température conseillée augmente la consommation d’environ 5 %, sans réel bénéfice pour la conservation. Sur un réfrigérateur classique, ça représente vite plusieurs dizaines de kilowattheures gaspillés sur une année, pour un fromage qui ne sera pas plus frais.
Le réparateur me l’a expliqué autrement, avec une image qui a fait mouche : descendre le thermostat en été, c’est comme monter le chauffage à fond en espérant que la maison se réchauffe plus vite. Le compresseur tourne plus longtemps, la pièce à moteur s’use prématurément, et la température réelle dans le bac à légumes ne change quasiment pas. Mieux vaut donc laisser le réglage en place et agir sur l’environnement de l’appareil. Le curseur ou l’affichage d’un réfrigérateur ne donne pas toujours la température réelle des étagères, ce qui explique pourquoi tant de gens se fient à un chiffre qui ne reflète pas ce qui se passe réellement à l’intérieur.
Ce qui s’échappait vraiment par la porte
Voilà où l’histoire prend un tour plus intéressant. Mon vrai problème n’était pas le réglage, mais le joint. Celui qui borde la porte, en caoutchouc noir, qu’on ne regarde jamais vraiment tant qu’il ne fuit pas de manière visible. Le réparateur a sorti une feuille A4, l’a coincée entre la porte et le caisson, puis a tiré doucement. La feuille est venue sans la moindre résistance. Verdict immédiat.
Vous pouvez vérifier l’état des joints de votre réfrigérateur en prenant un papier et en le fermant dans la porte. Si vous pouvez le retirer sans résistance, les joints doivent probablement être remplacés. Un test d’une trentaine de secondes, gratuit, que n’importe qui peut refaire chez soi à plusieurs endroits de la porte, en haut, au milieu, en bas, parce qu’un joint peut être détendu à un seul endroit précis sans que le reste pose problème.
Ce qui m’a surprise, c’est l’ampleur du phénomène. Un joint de porte encrassé ou usé laisse passer l’air chaud, ce qui fait surconsommer votre frigo et détériore vos aliments. Concrètement, à chaque micro-fuite, le compresseur redémarre plus souvent pour compenser l’entrée d’air chaud, exactement comme une maison mal isolée où la chaudière tourne sans discontinuer l’hiver. Et les signes annonciateurs sont là depuis longtemps, on préfère juste ne pas les voir : une augmentation de la consommation électrique, une mauvaise conservation des aliments, de la condensation ou du givre. Un frigo qui « transpire » sur ses parois n’est jamais anodin.
Une astuce alternative, si vous n’avez pas de papier sous la main : débranchez le réfrigérateur pendant 2 minutes, ouvrez les portes, rebranchez, fermez les portes, puis placez vos doigts le long des joints en caoutchouc. Si vous sentez que de l’air est aspiré, cela signifie que les joints ne sont plus étanches. Une sensation étrange la première fois, presque comme si l’appareil respirait.
Bien régler son frigo sans tomber dans le piège du thermostat
Une fois le joint changé (une intervention qui reste accessible, souvent réalisable soi-même sur les modèles récents à joint clipsé), la vraie question devient : comment régler correctement son appareil sans céder à la tentation du « plus froid, c’est plus sûr » ?
La règle tient en une phrase : viser 4°C au cœur du frigo, mesurée avec un thermomètre posé sur l’étagère centrale plutôt que de se fier au chiffre du thermostat. 3 à 5°C pour la partie du haut, 1 et 3°C pour la partie du milieu, la zone la plus froide réservée à la conservation des protéines, 6 et 8°C pour le bac à fruits et légumes, 8 à 10°C pour la porte du frigo, la zone la plus tiède, réservée aux boissons et aux condiments. Une répartition qui explique pourquoi le beurre stocké en porte ramollit plus vite qu’on ne le voudrait, ce n’est pas un défaut de l’appareil, c’est sa conception même.
Pour affronter une vague de chaleur sans dérégler le thermostat, l’essentiel se joue ailleurs : dégager l’arrière de l’appareil pour que la chaleur du compresseur s’évacue, éviter de le coller contre un mur ou une source de chaleur directe, ne pas le surcharger (un frigo trop plein bloque la circulation d’air froid), et surtout ne pas ouvrir la porte cinquante fois par jour pour « voir s’il fait frais ». Le givre augmente la consommation électrique, un dégivrage régulier reste donc une meilleure arme contre la chaleur qu’un thermostat poussé à fond.
Le plus étonnant, dans cette histoire de joint, c’est qu’un simple remplacement, souvent facturé quelques dizaines d’euros par un réparateur ou trouvable en pièce détachée pour les bricoleurs, peut faire davantage baisser la facture qu’un an de vigilance sur le thermostat. Le prochain geste à adopter n’est donc pas de tourner une molette, mais de sortir une feuille de papier, une fois par trimestre, pour vérifier que la porte de son frigo tient vraiment ses promesses.
Source : masculin.com