Vous accusez votre alimentation, mais les proctologues pointent cet autre réflexe quotidien qui provoque vos hémorroïdes

La moitié des adultes développeront des hémorroïdes avant 50 ans. Douleurs, saignements, cette gêne tenace que l’on n’ose pas toujours nommer. Réflexe immédiat : revoir son assiette, supprimer les épices, ajouter des fibres. Pourtant, les proctologues pointent depuis plusieurs années un coupable bien plus discret, logé dans la poche de votre jean, et que vous emportez chaque matin aux toilettes.

À retenir

  • Les hémorroïdes ne sont pas principalement liées à l’alimentation épicée, contrairement aux idées reçues
  • Un risque 46 % plus élevé d’hémorroïdes chez ceux qui utilisent leur téléphone aux toilettes
  • La position assise occidentale crée une pression veineuse qui s’aggrave avec chaque minute supplémentaire passée assis

Le vrai problème n’est pas dans votre assiette

La moitié des adultes seront confrontés aux hémorroïdes avant 50 ans. Une statistique que l’on a tendance à mettre sur le dos du curry d’hier soir ou d’un manque de légumes verts. Faux procès. Certains facteurs déclenchants sont classiquement décrits : repas alcoolisés ou épicés, efforts de poussée excessifs, stress, épisodes de la vie génitale. Mais voici ce que les recommandations médicales récentes soulignent avec plus d’insistance : la contre-indication aux épices est mal étayée scientifiquement. vous vous êtes peut-être privé de sauce harissa pour rien.

Le mécanisme à comprendre est anatomique. Les hémorroïdes sont des coussinets constitués de lacs artério-veineux, des structures anatomiques normales du canal anal présentes dès la naissance. Le problème commence quand ces tissus gonflent, s’irritent ou s’enflamment, et peuvent alors provoquer des saignements, une sensation de boule, des démangeaisons, une douleur ou une gêne pendant et après la selle. Ce qui les fait gonfler ? Principalement : la pression. Répétée. Prolongée. Quotidienne.

Votre smartphone aux toilettes : l’accusé principal

Le Dr Trisha Satya Pasricha du Beth Israel Deaconess Medical Center a profité de la Digestive Disease Week 2025, organisée à San Diego du 3 au 6 mai, pour faire le point sur les effets d’aller aux toilettes avec son portable. Les résultats sont nets. Pour déterminer les conséquences sur la santé de l’usage du smartphone aux WC, les chercheurs ont interrogé 125 personnes dont 43 % avaient été suivies pour des hémorroïdes. L’utilisation du smartphone aux toilettes était associée à une augmentation de 46 % du risque d’hémorroïdes.

Le chiffre mérite qu’on s’y arrête. Quarante-six pour cent. Pas une corrélation anecdotique. Après ajustement pour des facteurs comme l’âge, l’activité physique ou l’apport en fibres, l’analyse révèle un risque de 46 % plus élevé d’hémorroïdes chez les utilisateurs de téléphone aux toilettes. Et la raison est mécanique, pas mystérieuse : les accros du téléphone passaient significativement plus de temps dans les « lieux d’aisance » que les autres. 37,3 % d’entre eux passaient plus de 6 minutes par visite aux toilettes, contre seulement 7,1 % chez les non-utilisateurs de smartphone.

L’activité la plus courante aux toilettes avec le téléphone était la lecture des actualités (54,3 %), suivie par la consultation des réseaux sociaux (44,4 %) et des e-mails/SMS (30,5 %). Un scroll de plus, une story regardée jusqu’au bout, et la minute réglementaire devient dix. Sans qu’on y prenne garde.

Contrairement à une chaise classique, la lunette des toilettes présente une ouverture centrale qui laisse la zone rectale sans aucun soutien. Cet effet de gravité crée une forte pression hydrostatique sur les tissus. Cette position particulière agit comme une valve à sens unique : le sang afflue facilement vers les veines anales mais peine à refluer vers le haut du corps. Résultat : plus vous restez assis, plus la pression veineuse locale grimpe. Les tissus se gorgent de sang, les veines se dilatent, c’est la voie royale vers les hémorroïdes.

La posture compte aussi : tête penchée et dos arrondi pour lire, respiration bloquée, micro-poussées inutiles, tout cela augmente la pression. Un enchaînement silencieux, répété chaque matin, qui fragilise les tissus sur la durée.

La position assise à l’occidentale, un problème de conception

La question va plus loin que le téléphone. La plupart des toilettes occidentales obligent à s’asseoir avec les cuisses à angle droit par rapport au tronc. Cette position peut augmenter la pression dans le rectum et comprimer les veines hémorroïdaires. À long terme, cette pression répétée favorise la dilatation des veines et l’aggravation des hémorroïdes.

La solution existe, et elle tient en un objet : un simple tabouret. Des études montrent que la position accroupie facilite l’évacuation des selles. Elle aligne le rectum de manière plus naturelle, réduisant la pression sur les veines et limitant l’effort nécessaire. Cette posture est utilisée depuis longtemps dans de nombreux pays. Une méta-étude publiée le 2 juillet 2025 analyse 42 articles scientifiques sur la question et confirme le bénéfice d’une posture plus accroupie pour le confort recto-périnéal. L’utilisation d’un petit tabouret pour surélever les pieds transforme l’angle de posture à 35 degrés. Cette position accroupie simulée aligne parfaitement le canal anal en relâchant le muscle pubo-rectal, facilitant une évacuation sans effort.

Le temps prolongé passé assis sur la cuvette peut affaiblir les muscles pelviens, essentiels au soutien des organes de la région abdominale. Cela peut entraîner des troubles comme l’incontinence ou, dans des cas extrêmes, un prolapsus rectal. Des conséquences que personne ne lit jamais dans les résultats sportifs qu’il consulte sur son téléphone, précisément là où il ne devrait pas être.

Ce que préconisent les recommandations médicales actuelles

Les spécialistes s’accordent sur une recommandation claire : le temps passé sur la cuvette doit osciller entre 5 et 10 minutes maximum. Dépasser ce délai perturbe la mécanique naturelle du corps. Les recommandations officielles françaises en proctologie vont dans le même sens : ne pas se retenir, éviter les efforts de poussée, adopter une position adaptée avec un marchepied, limiter le temps aux toilettes, éviter la station assise prolongée et pratiquer une activité physique régulière.

Les personnes sujettes aux crises d’hémorroïdes ont tendance à réprimer, par peur de la douleur, le besoin d’aller à la selle. La constipation entraînée par un tel comportement aggrave les hémorroïdes, ce qui engendre un cercle vicieux. Évitez les séances prolongées aux toilettes, et surtout les efforts de poussée. Mieux vaut y retourner plus tard que s’obstiner.

Sur l’alimentation, puisqu’on ne peut pas l’ignorer totalement, le traitement le plus solide commence plus haut : plus de fibres, assez d’eau, moins d’efforts aux toilettes, moins de temps assis sur la cuvette. Vingt-cinq à trente grammes de fibres par jour (légumes, fruits, légumineuses, flocons d’avoine), une bonne hydratation tout au long de la journée : ces ajustements restent utiles, mais comme soutien, pas comme seul levier.

Ce que cette étude change concrètement, c’est la hiérarchie des priorités. Avant de renoncer à votre prochain tajine, laissez votre téléphone à l’extérieur de la salle de bain. « Une utilisation prolongée du smartphone aux toilettes pourrait être associée à une prévalence accrue des hémorroïdes », ont précisé les auteurs dans leur article, tout en reconnaissant que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour explorer les modifications comportementales comme stratégies de prévention. La piste est sérieuse. Et le geste, lui, est immédiat.

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